Edward O. Wilson est biologiste et entomologiste. Bert Hölldobler est un scientifique d’origine allemande spécialisé dans l’étude des fourmis.
Tous deux sont les auteurs admirés et controversés d’un ouvrage lauréat du Prix Pulitzer paru en 1990: Les Fourmis (suivi d’un ouvrage plus accessible au grand-public). Ils avaient avancé la théorie qu’un groupe d’insectes fonctionne en réalité comme une seule entité (”superorganisme”) dont l’intelligence est répartie entre tous ses éléments synchrones. Et que l’évolution biologique n’opère pas au niveau de l’individu, comme l’avait affirmé Darwin, mais bel et bien au niveau du groupe. Avec des enseignements possibles à tirer pour l’évolution de n’importe quel groupe d’animaux, y compris les humains. Soudain, notre héritage génétique ne concernait plus seulement la couleur des yeux ou la vulnérabilité à certaines maladies, mais aussi notre capacité à prendre soin les uns des autres et à soumettre son intérêt particulier au bien commun.
Wilson, en particulier, n’a pas tardé à trouver sa place parmi les intellectuels vénérés par les ingénieurs du web et autres “geeks” fascinés de cyberculture. En effet, ces derniers ont eu tôt fait de discerner dans ses pages la prophétie de l’avènement des réseaux sociaux, des wikis et, plus généralement, des outils et services collaboratifs de type web 2.0.
Autrement dit, Wikipédia, Kiva et même la machine de campagne de Barack Obama seraient une manifestation tangible particulièrement représentative pour les humains du modèle étudié par Wilson et Hölldobler chez les fourmis. Twitter, qui favorise la diffusion instantanée de messages brefs et fréquents entre membre d’un groupe, serait un instrument de synchronicité.
En tout état de cause, les entomologistes ont décidé de remettre ça. Le mois prochain, tous les bons libraires recevront leur livraison du nouvel ouvrage rédigé par Wilson et Hölldobler pour poursuivre la conversation ouverte par The Ants.
Selon la rumeur, Le Superorganisme: la Beauté, l’Elégance et l’Etrangeté des Sociétés d’Insectes est monumental, touffu et passablement indigeste. La controverse devrait néanmoins stimuler les ventes et, plus important, encore, remettre le débat sous les feux de la rampe.
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